C’était il y a longtemps. Très longtemps. J’étais jeune. Très jeune. Et si je prend ce ton grave, et peut être un peu condescendant, c’est pour imprimer un style grave, et (peut être un peu) condescendant. Car ce qui va suivre, devant vos yeux ébahis, et vos bouches ovalisées par l’horreur de cette histoire a réellement existé.
Mais trêve d’introduction, et attaquons.
Durant ma petite jeunesse collégienne, je menais une double vie. Celle d’un môme pas trop mauvais à l’école, rivalisant même avec les meilleurs dans certaines matières (et certainement pas le sport). Un élève moyen, dans un collège provincial, tout ce qu’il y a de plus banal. Mais il y avait également une part sombre en moi. A l’époque, je m’étais octroyé le rôle du chieur de service. Tout ce qui me semblait bon à faire chier, je faisais chier. Vous pardonnerez ici la grossièreté fleurissant mon propos, mais, en se remémorant les vielles choses, en revenant en arrière, on régresse toujours un peu.
Donc, disais-je, si il fallait faire un jeu de mot à la con (du genre « lac pipicaca »…) je le faisais. Si j’avais trouvé une phrase qui faisait rire le ou la prof, elle en entendait parler pendant un trimestre et demi. Je participais dans tout les secteurs de la classe, répondre aux questions pièges du professeur rancunier, et la seconde suivante, me plaindre que « mon voisin de gauche puait trop de la bouche et que ça me déconcentrait, msieur ! ».
Tout aurait été pour le mieux si un jour, excédés, mes professeurs convoquèrent mes parents pour discuter de mon cas. Pas fier, je me rendais à la réunion (j’aurais préféré l’île de…) et subissait les conséquences de mes actes.
Mes parents durent sévir. Ce qui les mettait dans l’embarras, c’est que mon attitude en cours n’était pas digne du cancre qui s’en fout de ce qu’on lui dit. J’étais sincèrement intéressé, parfois même intéressant, mais il fallait que je fasse le mariole.
C’est alors que le verdict tomba. Après mon BEPC, je vernirais l’abri de jardin tout fraîchement posé, afin d’éviter de plausible dégâts durant les certaines pluies estivales.
Un samedi donc je m’y mis.
Je profitais de l’échafaudage, laissé par les gilbertetmaritie*, pour appliquer le vernis, sur la poutre centrale. Avec des gestes lents et soignés je faisais attention de ne pas en mettre ailleurs que sur la poutre. Très attention. Trop attention ? En tout cas, qu’arriva-t-il, mais un soubresaut dans l’échelle, un vent de panique, et voila la moitié du pot de vernis par terre, l’autre sur ma jambe.
Vous imaginerez très facilement la cascade de jurons qui suivirent cet instant ou tout basculât. Voyant le vernis s’étaler par terre, je me décidais à trouver une solution. A coté du barbecue, mes parents, avait un sac de sciure. Cette vision m’apparut comme celle de la providence. J’appliquais rapidement la sciure sur le goudron (pour les non technique, la sciure boit le vernis), tanpis pour la jambe, la douche se fera après.
Je décalais l’échelle, et attaquais la poutre de devant. L’échelle stabilisée, je m’installais sur la poutre (j’étais déjà crado, on pouvait pas faire pire) à califourchon et peignait.
Et le pot retomba.
Sur le mur.
Comment ais-je fait, je me le demande encore. Mais devant tant de catastrophe, en moins de temps qu’il faut pour le dire, mon père, agacé (et c’est peu dire) m’envoya sous la douche et dans ma chambre.
L’autre jour, mon père, fier comme un buraliste, me montrait qu’il avait revernis l’abris. Je devinais dans son sourire, un « ptit con » amutit. J’ai grandi depuis.
*…les charpentiers quoi.


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